mon passage sur terre

je suis un être abîmé

Cela ne se voit pas trop, car j’ai bonne allure, j’ai l’air plus jeune que mes 38 ans, je suis père de famille, je gagne ma vie, j’ai certain talents, je ne suis pas trop malheureux en amour ...

Mais mes crises d’angoisses ont développé leurs racines dans un traumatisme, celui de ma naissance. Ma mère a perdu connaissance à cause de la douleur et de longueur de l’accouchement. J’ai été privé d’oxygène. Cela m’a marqué à vie car je revis le traumatisme encore et encore.

Et je m’aperçois que mes amis sont des abîmés, aussi. A.C. qui a été abusée par un cousin, ado. Elle est marquée à vie aussi et cela impacte ses relations encore aujourd’hui. E. dont la mère était alcoolique, même impacts aujourd’hui.

Nous sommes tous des abîmés. C’est la vie, aussi ...

Ainsi, j’ai sans doute plus d’empathie pour les abîmés.

Ce matin, en revenant de la crèche, je croise un groupe de 4 personnes mal habillées. Mais mal habillées d’une façon particulière : doudounes low-cost, joggings trop larges. Ils avaient l’air fatigués et d’avoir froid. Leur groupe était hétérogène : il y avait peut-être un homme et une femme qui semblaient avoir quelques origines africaines, une autre femme blonde à lunettes qui ressemblait à une ménagère autour de la cinquantaine, et le 4ème avait l’air d’un vieux type également. Ils détonaient avec le décors, à cette heure où les gens passent, sapés, pour aller au boulot, ils détonaient même avec les pauvres qui font la queue au restaurant du coeur, car ces pauvres-là ont quand même un style vestimentaire, alors que mes quatre -là, non. Ils n’avaient pas non plus l’air de simples alcooliques, ils n’étaient pas assez sales ou en lambeaux. Je les vois chuchotter entre eux, en marchant. Un peu comme des zombies. En fait, ils ont l’air d’héroïnomanes des années 80, sauf qu’on est en 2018, alors je me dis que ça doit effectivement être des camés. Que leurs profils hétéroclites se sont réunis autour d’une détresse, d’une peine à anesthésier par la drogue. Peut-être qu’ils étaient juste réunis pour aller d’un point A à un point B, peut-être avaient-ils réuni de la tune pour aller chez le dealeur. J’ai ressenti de la tendresse pour ces camés.